HypSens
HypSens · Tome 1 · Chapitre 2

L’Éveil

Naka

Sa main glisse contre ma cuisse.

Pas franchement.

Pas assez pour crier.

Juste assez pour que mon corps comprenne avant moi.

Ma mère est partie faire les courses et Nilo est à son cours de danse.

Il dit qu’il n’a pas fait exprès.

Qu’il cherchait la télécommande.

Je baisse les yeux.

Elle est sur la table basse.

Juste devant lui.

Il la voit aussi. Je le sais, parce que son regard passe dessus une seconde avant de revenir vers moi.

— Ah, elle était là, dit-il.

Ce n’est pas la première fois.

La première, il cherchait son téléphone.

La deuxième, il voulait remettre le plaid.

La troisième, le canapé était trop petit.

Aujourd’hui, c’est la télécommande.

Il est vraiment maladroit.

À chaque fois quand maman et Nilo ne sont pas là.

Je sens que c’est bizarre, mais je lui fais confiance.

C’est l’amoureux de maman, et puis c’est un adulte.

Elle ne me laisserait jamais avec quelqu’un qui pourrait me faire du mal.

Sa main est revenue sur son genou.

Ses pupilles sont dilatées. Son regard est malaisant. Il y a quelque chose dedans que je ne sais pas encore nommer, mais que mon corps, lui, comprend très bien.

J’entends une clé dans la serrure.

Mon cœur cogne d’un coup.

Maman rentre.

Enfin.

Jean-Phiphi se redresse aussitôt.

Trop vite.

Et il attrape la télécommande comme si de rien n'était.

Et il attrape la télécommande comme si de rien n'était.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait ce rêve…

enfin rêve, plutôt ce cauchemar.

J’avais pensé que c’était derrière moi… Il faut croire que le passé ne cesse de chasser le présent si on lui laisse la fenêtre ouverte, et ce qui devrait être un cadeau peut vite devenir un fardeau.

Un œil s’ouvre, puis l’autre.

La lumière m’éclate les yeux.

J'ai du mal à les laisser ouvert.

Je vois des formes.. de l’eau.. ?

Où suis-je ?

J’ai la bouche sèche, avec un goût métallique qui remonte, comme si je m’étais mordu la joue.

Mes yeux s’habituent à l’intensité de la lumière.

L’air est très intense, comme si j’en absorbais trop d’un coup.

Je suis à côté d’une sorte de petit lac.

La berge est juste devant moi, déformée par la lumière.

Plus loin, derrière les corps au sol et les serviettes éparpillées, je distingue le grand arbre noué. Encore plus loin, entre les troncs, un sentier disparaît vers la forêt.

Ma mémoire refait surface d’un seul coup.

L’onde de choc, NY qui tremble et… Nilo.

Oui, c’est ça. Je cherchais Nilo avant de m’écrouler.

Où est-elle ?

— Nilo ?

Ma voix sort à peine.

— NILOOOOOO !

J’arrive à crier. Enfin, ce qui me semble être un cri.

J'essaye de me lever mais je n'y arrive pas, je cherche autour de moi.

Je vois des formes qui s'agitent mais je ressens que mon obsession passe avant tout.

— Nilo !!

— Tu cherches ta sœur ? demande une voix derrière moi.

Elle semble sortir d’une grotte, tellement je la trouve caverneuse.

Le physique ne va pas du tout avec cette voix. Il est petit et fin, avec un visage encore jeune. Il ne doit pas avoir beaucoup plus que moi. Quelques années, peut-être.

Pas assez pour que je le range avec les adultes.

— Oui, je la cherche. Tu l’as vue ?

— Non, pas du tout, je viens de me réveiller, je m'étais

— Non, pas du tout, je viens de me réveiller, je m'étais évanoui.

— Oui moi aussi.

— Quand je regarde autour de nous, je vois encore pas mal de personne qui ont l'air de l'être aussi.

— Tu sais ce qui s'est passée ?

— J'ai ma petite idée mais revenons à ta sœur, je vais t’aider à la chercher. Je vois à quoi elle ressemble.

— Ah, merci. Mais tu n'as pas des proches à aller chercher ou aider plutôt ?

— J'ai mes collègues d'étude avec moi mais ce ne sont pas vraiment mes amis alors leur sort mets égal. Tu ne veux pas que je t'aide à te lever ?

— Je veux bien merci.

J’essaye de nouveau de me lever, mais mes jambes ont du mal à supporter mon poids et je me sens engourdie de partout, il me tends le bras, je serre son poignet et il serre le mien également.

J'arrive enfin à atteindre la station débout.

Je n’aime pas du tout cette sensation. Je n’ai qu’une envie : retrouver la possession de mes moyens.

Je ne me rendais pas compte, jusqu’alors, que pouvoir se lever et marcher est déjà un luxe en soi.

Je cherche dans mes souvenirs, mais je n’arrive pas à mettre un surnom sur ce visage. Je ne l’ai donc jamais vu.

Ou alors je ne l’ai pas vraiment regardé.

Il me connaît apparemment, puisqu’il sait que j’ai une sœur et qu’il sait à quoi elle ressemble.

Ou sinon il a juste deux oreilles et deux yeux en état de marche et est observateur comme moi.

Un point pour toi, enquêteur mystère.

— Ça va aller ? Tu veux que je reste avec toi ?

— Non je te remercie, je préfère qu'on se divise pour la trouver.

— D'accord.

Je le vois partir vers la berge du lac, en direction du grand arbre noué. Il ne court pas vraiment. Il avance vite, en zigzaguant entre les corps et les sacs abandonnés.

Au moins, lui, il bouge.

Mon corps commence à se stabiliser. Mes yeux voient de plus en plus clairement, mais un flou de fond persiste.

Je fais un pas vers le sentier.

Je fais un pas vers le sentier.

Puis je m’arrête.

Je vois Instagram toujours au sol, avec du sang sur la tête.

Il est un peu plus bas, près de la berge, à moitié dans l’herbe humide. Personne ne semble l’avoir remarqué.

Je ne peux pas le laisser dans cet état sans vérifier qu’il va bien.

En me rapprochant davantage, je vois que le sang a commencé à sécher.

Ça doit faire un petit moment que je suis restée évanouie.

Et je ne suis pas la seule.

J'ai la sensation d'être la première à me lever d'une rêve party et que tout le monde pionce encore.

Lui aussi l’est toujours, semble-t-il.

Mon oncle m’a appris les premiers secours. Je ne me rappelle plus tout, mais je sais vaguement que je dois vérifier s’il est conscient et s’il respire.

J’arrive près de lui. L’odeur du sang afflue dans mes narines. Cela ne m’a jamais gênée. J’ai des copines qui font des syncopes rien qu’en regardant une goutte. Moi, ça a presque tendance à m’exciter.

Je mets deux doigts devant son nez.

Je sens de l’air qui ressort.

Je ressens un soulagement.

Il est vivant.

Niveau conscience, par contre, ce n’est pas ça du tout.

J’ai beau le stimuler en le secouant, il ne se réveille pas.

La suite, c’est quoi, déjà ?

Ah oui ! PLS !

C’est ça. Je dois le mettre sur le côté pour éviter je ne sais plus quoi.

— Attends, ne bouge pas, je vais t’aider à le mettre sur le côté. Il est inconscient, c’est ça ? Tu as regardé s’il respire ?

Je lève les yeux vers cette voix douce et mielleuse, et je tombe nez à nez avec Boucles d’ange.

— Oui. J’ai fait les tests et je peux dire qu’il est inconscient et qu’il respire.

— OK. Voyons voir s’il ouvre les yeux quand on le stimule avec une douleur plus intense que de légères secousses, me dit-elle en haussant les épaules avec un sourire et un clin d’œil taquin.

Elle prend un stylo, le coince sur son doigt et appuie légèrement.

légèrement.

Pas de réaction.

Elle augmente la pression.

Ses yeux se plissent, mais il ne les ouvre pas pour autant.

— Ça ne marche pas vraiment. Essayons plus coriace.

Elle lui enfonce un doigt dans le creux de la clavicule et pousse fortement.

À ce moment-là, il ouvre grand les yeux.

— Ah bah voilà qui est mieux, se félicite-t-elle. Ça va ?

Vous m’entendez ?

— Vous me faites mal. Pourquoi vous faites ça ?

— Vous étiez évanoui, je vous ai stimulé. Ne vous mobilisez pas trop, vous êtes tombé sur la tête et vous avez potentiellement une commotion cérébrale.

— Ma tête ?

Il touche le haut de sa tête et émet un son de plainte en touchant la zone endommagée.

— Je vais vous faire quelques petits tests pour voir si vous êtes bien orienté. D’accord ?

— D’accord.

— On est en quelle année ?

— 2076.

— Bien. On est à quel endroit ?

— En Auvergne, en route pour l’abri Hypya.

— Comment vous vous appelez ?

— Lucas, j’ai 42 ans et je me sens en forme. OK, je me suis cogné la tête et j’ai saigné, mais je pense que tout va bien. Merci de vouloir prendre soin de moi, mais je pense que ça va aller.

— Vous m’avez l’air en pleine forme, effectivement. Je vous soignerai la plaie quand on sera à l’abri, en attendant que vous puissiez vous faire recoudre la tête en rentrant sur Clermont. À vue de nez, je dirais que vous avez au moins quatre points à faire. Ça n’a pas l’air bien méchant, mais il faudra le faire, sinon vous aurez une vilaine cicatrice à cet endroit.

— OK, très bien, d’accord. Merci, docteur. Mais vous êtes qui, au juste ?

— Ah pardon, moi, c’est Hiva. Et je ne suis pas docteur.

Disons que j’ai quelques restes du milieu médical. Longue histoire.

C’est là que Lucas semble vraiment la voir pour la première fois.

Pas seulement la femme qui vient de lui faire mal pour le réveiller.

Hiva.

Ses yeux s’agrandissent légèrement, comme si son Ses yeux s’agrandissent légèrement, comme si son prénom venait de la rendre plus réelle. Son regard s’attarde sur ses boucles, son sourire, cette douceur tranquille qu’elle garde même au milieu du chaos.

— Merci, Hiva. Enchanté.

Il lui tend la main.

Elle la prend.

Leur poignée dure une seconde.. de trop.

Pas assez pour devenir gênante.

Juste assez pour que je la remarque.

C’est à ce moment-là que Nilo me revient en tête.

Où peut-elle être ?

Le car.

Mais oui, je l’ai envoyée chercher ma serviette.

Je lève les yeux vers le sentier. Il remonte derrière la clairière, étroit, un peu boueux, bordé de fougères et de racines. De là où je suis, je ne vois pas encore le car.

Seulement l’endroit où le chemin disparaît entre les arbres.

Je vais aller voir. Il y a de fortes chances pour que je la trouve là-bas, ou sur le chemin.

Je laisse Instagram sur place en me disant qu’il n’a plus besoin de mon aide et que, de toute façon, je ne saurais pas quoi faire de plus. Il m’a l’air entre de bonnes mains avec Hiva.

Je remonte de quelques pas vers la clairière.

L’herbe colle à mes chaussures. Des sacs traînent partout, des serviettes sont tordues comme des corps, et certains passagers bougent enfin, lentement, comme s’ils sortaient tous du même mauvais rêve.

En me dirigeant vers le car, je tombe sur Visage anguleux. Il a du mal à respirer.

Il est un peu à l’écart, près d’un rocher plat, les mains posées sur son thorax. Il cherche à respirer doucement.

Un enfant est à côté de lui et fait de même.

Chacun a sa manière de gérer la crise.

Je vois des corps figés. J’ai envie d’aller vérifier s’ils sont vivants ou non, mais si Nilo était dans le même état ?

Priorité à ma sœur.

Et puis, j’ai déjà fait ma part, non ?

J’ai toujours du mal à savoir où doit se situer la limite de la loyauté envers les autres.

Je suis sans cesse tiraillée par une petite voix qui n’en a jamais assez, et elle gagne très souvent…

jamais assez, et elle gagne très souvent…

Un éclat de voix me fait me retourner.

Je vois Lucas se lever, avec son sang séché sur le front, il me fait penser à une soldat blessé sur le champ de bataille.

Il s’exprime difficilement :

— Newo ?

Il titube.

— Où es-tu ?

— Il ne faut pas trop bouger, lui suggère Hiva.

— Merci de ton aide, mais ça va aller. Je cherche mon neveu, je suis inquiet.

Il n’écoute pas Hiva et titube tellement qu’il est au bord de la chute. Je vois qu’Hiva a du mal à le contenir.

“Tu ne vas pas les laisser comme ça, quand même”, me glisse ma petite voix intérieure.

— Fais chier, dis-je à moi-même d’un ton résigné.

Je fais demi-tour.

Encore.

Je me dirige vers eux et soutiens le bras d’Insta.

— Viens. Je crois l’avoir aperçu avant de tomber dans les vapes. Je vais te guider.

— Ah, merci, jeune fille. Tu es une perle.

— À deux, on y arrivera, mais je pense qu’on devrait plutôt l’emmener dans le car directement, dit Hiva.

— Non, je veux voir Newo d’abord…

— S’il vous plaît…

Il demande ça avec tellement de douceur que mon cœur ne peut se résoudre à ne pas l’écouter.

— Aidons-le, et on le mettra dans le car après, dis-je à Hiva.

On avance tous les trois en traversant la clairière.

Lucas pèse plus lourd qu’il n’en a l’air. À chaque pas, son épaule tire sur la mienne. Hiva le soutient de l’autre côté, plus stable que moi, mais je sens bien qu’elle force aussi.

On contourne un groupe de passagers encore assis dans l’herbe. L’un d’eux vomit près d’un sac. Une femme pleure sans bruit, les deux mains sur les oreilles.

Le lac reste derrière nous.

Le sentier vers le car, lui, est devant.

Et pourtant, je m’en éloigne encore.

On se dirige vers l’endroit où j’avais vu Newo plus tôt, entre la berge et le grand arbre.

C’est là que la voix de NY m’interpelle.

— Super, la nouvelle attraction prévue par notre guide,

— Super, la nouvelle attraction prévue par notre guide, dis donc. On se croirait presque dans un film d’horreur, tu ne trouves pas la miss ?

Il est un peu plus bas, vers l’eau. Son pantalon est trempé jusqu’aux mollets et il a encore ce sourire de travers qui lui donne l’air de se moquer du monde même quand celui-ci s’effondre.

— Ah ah, très drôle, lui dis-je. Aide plutôt ton collègue avant qu’il ne se retrouve sous l’eau, et arrête avec ce surnom ridicule, ça fait vraiment beauf.

Il se retourne et son collègue est en train de somnoler dans l’eau. Il le rattrape de justesse.

Je suis contente.

Il a l’air d’aller bien.

Je le connais à peine, mais je sens déjà une connexion entre nous. Je ne saurais pas l’expliquer.

Je me connecte si rapidement aux autres, parfois trop vite. Je m’expose souvent à mon imagination florissante, et il m’est arrivé de ressentir des déceptions amoureuses pour des personnes que je n’ai jamais côtoyées.

Mais cette fois-ci, c’est différent… Bon faudra juste qu'il arrête de m'appeler "la miss" puisque ça dégoute vraiment.

Nous poursuivons notre route avec notre fardeau, qui se rétablit petit à petit malgré sa blessure.

Le chauffeur de bus nous interpelle.

Il se tient près du grand arbre noué, un peu au-dessus de la clairière, là où le sol devient plus sec. On dirait qu’il a choisi cet endroit parce qu’on peut voir presque tout le monde depuis là : la berge, les rochers, le début du sentier et les corps dispersés entre les sacs.

— Ça va ? Je vois qu’il a la tête en sang. Je réunis tous les blessés à côté du grand arbre, là-bas. Allez-vous y installer. Je continue à checker tout le monde et je vous y rejoins.

Son attention se reporte sur la vieille femme qui accompagne l’enfant.

Son regard passe sur elle, puis s’arrête sur Wen.

Juste une seconde de trop.

Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose change dans son visage. Sa voix reste calme, pourtant ses épaules se tendent.

— Wen, tu restes près de ta grand-mère, d’accord ? Tu ne bouges pas sans me prévenir.

ne bouges pas sans me prévenir.

Le petit hoche la tête, encore pâle.

— Oui.

— Et tu respires doucement. Comme tout à l’heure. Tu fais comme elle te montre.

Il désigne la grand-mère sans vraiment la regarder. Ses yeux, eux, restent sur Wen.

C’est étrange.

Pas inquiétant.

Juste… précis.

Comme si, au milieu de tous les blessés, celui-là comptait un peu plus que les autres.

Je n’ai pas le temps de me demander pourquoi.

On marche un peu plus loin, vers le pied du grand arbre, et on aperçoit enfin la cible convoitée.

— Ah bah voilà, Newo est là, dis-je à mon acolyte de l’instant.

— Newo !! Dit-il en se précipitant sur l’enfant, ayant retrouvé toute son énergie et sa vivacité, à croire qu’il faisait semblant depuis tout à l’heure.

Newo est assis dans l’herbe, pâle mais réveillé. Lucas tombe presque à genoux devant lui et lui attrape les épaules comme s’il venait de le repêcher d’un autre monde.

— Tu vas bien ? Tu m’entends ? Tu as mal quelque part ?

Newo hoche la tête sans vraiment répondre.

Lucas le serre contre lui une seconde, trop fort peut- être, puis le relâche comme s’il venait seulement de se souvenir que l’enfant pouvait aussi être blessé.

Gratoum, qui était au sol non loin du tronc, émerge à son tour. Sa respiration est saccadée.

Son visage reprend des couleurs. Je le vois se passer deux doigts sur le front en mode réflexion.

Soudain, il explose :

— Ah, mais c’est sûr que ça doit être ça !

Il se relève presque trop vite.

— Vite ! Tout le monde dans le car !

Le car.

Le mot me traverse comme une décharge.

Je tourne la tête vers le sentier.

Il est là, à quelques dizaines de mètres, mais il semble soudain beaucoup trop loin.

— Attendez, répond le chauffeur de bus. On ne peut pas déplacer tout le monde comme ça. Il faut être sûr que chacun soit sécurisé avant de bouger. Il y a eu énormément de chutes et certaines personnes peuvent énormément de chutes et certaines personnes peuvent présenter des traumatismes.

— Oren ? C’est bien ça ? On n’a pas le temps. Si ce que je pense est juste, il pourrait y avoir une deuxième impulsion.

— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Gatoum hésite.

Pas longtemps, mais assez pour que je le remarque.

— Des bruits qui circulent depuis des mois. Des vieilles histoires autour d’Hypya. Des consignes officieuses aussi, peut-être. Je n’y ai jamais vraiment cru.

— Et maintenant, vous y croyez ?

Il regarde la forêt.

Pas nous.

La forêt.

— Maintenant, je préfère ne pas prendre le risque de ne pas y croire.

Oren serre la mâchoire.

— Ça ne répond pas à ma question.

— La seule chose que je sais, c’est qu’il ne faut pas rester dehors si l’air recommence à changer. L’abri régule l’atmosphère. Le car peut nous y conduire. Ici, on est exposés.

— Vous n’êtes sûr de rien, au final.

— Non. Mais rester trainer ici en attendant d’en être sûrs, c’est peut-être condamner tout le monde.

— On pourrait donc.. en mourir ?

Le collègue de NY, qui se réveille enfin, n’a entendu que des bribes de la conversation. Apparemment, ça suffit à le faire paniquer.

— Je ne veux pas mourir. Je suis trop jeune et je n’ai même jamais fait…

Il sanglote, n’arrive pas à finir sa phrase et se met à chouiner en pleurant en même temps.

Boucles d’ange qui s'était rapproché de lui prend sa main, lui parle avec douceur et lui susurre des mots à l’oreille que je n’entends pas de là où je suis.

Ils sont maintenant yeux dans les yeux et respirent avec la même intensité exagérée.

Cela semble fonctionner, puisque je le vois essuyer ses larmes et s’asseoir.

— Je pense que Gatoum a raison, intervient alors un jeune homme à lunettes d’une vingtaine d’années. Il y a des symptômes courants des prémices de l’Impulsion bio- évolutive que nous sommes venus observer avec notre évolutive que nous sommes venus observer avec notre équipe, mais on ne l’attendait pas avant des centaines d’années.

— Il semblerait que la symbiose ait commencé… lui réponds une voix caverneuse.

L’enquêteur mystère encore.

Il revient du côté du sentier, essoufflé et tout rouge.

Ses cheveux sont collés à son front, et de la boue marque le bas de son pantalon.

Je n’avais pas remarqué ses cheveux longs et ses deux boucles d’oreilles dépareillées tout à l’heure. Et toujours cette voix grave.

— Les plantes ont commencées leur mutation, ajoute-t-il.

— On ne l’attendait pas avant deux cents ans au moins.

— Il faut croire qu’on s’est fourvoyés.

— Mais de quoi parlez-vous ? les interromps-je.

— On discutera de tout ça après, quand on sera en sécurité.

Je le regarde en détail.

Il a vraiment cherché.

— Je n’ai pas trouvé ta sœur et j’ai cherché partout aux alentours, ajoute-t-il.

Mon ventre se serre.

Partout aux alentours.

Mais où est-elle ?

— L’essentiel, maintenant, est d’aller se réfugier à l’abri, comme le suggère si bien notre hôte.

Je veux répondre.

Poser une question, mais un grognement m’arrache à ma panique.

Je tourne la tête et je vois quelqu’un qui remue dans l’herbe.

Au début, je ne vois qu’un bras, une épaule, puis une silhouette qui tente de se redresser entre deux sacs renversés. Il est à moitié caché par une autre silhouette massive assise au sol, un autre homme non loin de là semble faire partie de leur trio.

Il serre les dents, une main posée contre ses côtes, l’autre tendue vers son compagnon.

— Je suis de l’avis du petit, lance l'homme à terre. J’ai du mal à me relever. Aide-moi, s’il te plaît, Taran.

— Lève-toi tout seul. Tu es un homme, non ? Tu ne vas pas rester à terre comme une merde et demander de l’aide comme un faible ?

— Je vais t’aider, moi. N’écoute pas cette brute. On n’est pas à l’entraînement, Taran, merde. Parfois, je me pas à l’entraînement, Taran, merde. Parfois, je me demande si tu n’as pas perdu ton humanité, ou autre chose, à force de prendre des coups dans la tête.

— Merci, Gaan. On n’a pas de temps à perdre.

Il se dirige difficilement mais sûrement vers Gratoum : Je suis Azuk Medelev et voici mes 2 coachs, Taran et Gaan, on se mets à votre disposition pour vous aider au mieux à évacuer le plus rapidement possible.

— Vous m'en voyez ravi, tout le monde doit rejoindre le car au plus vite !

— Allez ! Aidons tout le monde à rentrer dans le car, impose Azuk que je reconnais enfin grâce à son accessoire, c'est Banane Gucci.

Malgré la façon dont Taran vient de lui parler, l’ours obtempère, suivi de son acolyte mielleux. Il semblerait que ce soit Azuk qui donne les ordres, malgré l'apparence de l'interaction précédente.

— On se disperse et on ramène tout le monde.. Et avec Douceur Taran..

Le géant part sans lui répondre mais hausse les épaules comme signe d'évidence.

Le trio est plutôt efficace, tout le monde est sur le sentier pour rentrer au carrefour, les personnes semblent ralentis et en manquent d'entrain.

— Ah, te voilà enfin ! dit une voix plus que familière dans mon dos.

Ma mère.

— Et Nilo ? Tu étais avec elle, non ? Où est ta sœur ?

— Elle a dû encore la perdre, comme l’autre fois, ajoute Jean-Phiphi.

— Jean-Phi ! On a dit qu’on n’en parlait plus. Pas devant elle.

— Je la cherchais justement. Et quel accueil chaleureux !

Si je vais bien ça t'es égal non ? Piquais-je avec un ton acerbe. Vous m’avez déjà soûlée, là ! Je le rajoute en regrettant non pas mes mots mais le fait qu'ils soient sortis sans que je sache contrôler ma pulsion de colère.

— Naka ! Comment oses-tu nous parler ainsi ? me dit-il en m’attrapant le bras d’une main plutôt ferme et autoritaire.

— Tu es sûr que tu veux me faire la morale sur ce qui est bon de faire ou non ?

Jean-Phiphi commence à rougir et lâche mon bras.

— Lâche-moi, ça vaut mieux, oui. Tu sais que j’ai grandi,

— Lâche-moi, ça vaut mieux, oui. Tu sais que j’ai grandi, maintenant, non ?

La tension est à son comble. Personne n’ose intervenir quand, tout à coup, venu de nulle part, l’Étudiant sandwich nous stupéfie tous.

— Personne n’a faim ? Perso, j’ai la dalle, et je pense que manger un morceau ou boire un coup ne serait pas mal, non ?

Un silence tombe.

Puis un rire éclate.

Un seul.

Puis deux.

Pas des vrais rires. Pas des rires heureux. Des rires nerveux.

La situation est absurde. On n’est pas loin de la catastrophe et lui pense à manger.

Pourtant, pendant deux secondes, ça nous permet de respirer.

— Bon, dit Gatoum. On mangera et on boira tous au bar de l’abri. Je vous promets qu’il vaut le coup d’œil. Allez, tout le monde se dépêche, et on s’occupe de ceux qui ne peuvent pas marcher.

— Je ne suis pas d’accord, dit Oren d’une voix assurée.

Je pense que la priorité est de veiller à ce que tout le monde se porte bien, avant d'aller dans le car.

— Tu n’as pas vraiment le choix, dit Azuk en passant.

Soit tu obéis, soit on t’y met de force. Taran n’attend que ça, de pouvoir secouer quelqu’un.

— Pas la peine de chercher à rabaisser les autres qui donnent leur avis, dit calmement Gaan.

— Je vais checker la liste des passagers pour voir si tout le monde est là. Oren, tu peux t’occuper du recensement, s’il te plaît ?

— Ça marche, Gatoum, dit-il en regardant fixement Azuk dans les yeux avant de s’en aller.

NY arrive et me donne un petit coup d’épaule amical.

Je suppose qu’il veut me démontrer son affection par ce geste.

— La miss ? Toujours pas peur ?

— Et toi ? Toujours pas de vocabulaire ?

— Ah ah très drôle..

Je le vois soudain pris d’une forte quinte de toux.

Au début, je crois qu’il s’étouffe juste avec sa salive.

Il se penche en avant, une main sur ses genoux, l’autre Il se penche en avant, une main sur ses genoux, l’autre contre sa gorge. Ses épaules montent et descendent trop vite.

— Doucement, ça va ? dis-je en m’approchant. Tu n’as pas l’air bien.

Il relève la tête vers moi.

Son sourire est toujours là.

Enfin, presque.

Il flotte de travers sur son visage.

— Ça va… j’ai juste… un truc…

Il cligne des yeux plusieurs fois, comme si la lumière venait de l’éblouir.

— Un truc comment ?

— Dans… dans la gorge… J’ai trop d’air qui arrive…

Sa voix n’a plus la même texture. Elle accroche. Elle râpe un peu. Puis il fronce les sourcils, comme s’il venait d’oublier quelque chose d’évident.

— Je voulais dire… je voulais…

Il s’arrête.

Son regard glisse sur moi sans vraiment me voir.

— Hé, regarde-moi, lui dis-je.

Je lui prends le bras.

Son muscle tressaute sous mes doigts.

Une fois.

Puis deux.

Un petit mouvement sec, ridicule, presque rien.

Sauf que son visage change.

Son sourire disparaît.

Le coin de sa bouche se contracte, comme si quelqu’un tirait dessus de l’intérieur.

— Oren ! je crie sans réfléchir.

NY essaye de parler encore.

— Ça… tra… j’a… dé… koi… si… la…

— Tu dis quoi ? Je ne comprends rien du tout.

— Je… je… je…

Il répète le même son, coincé dessus.

Je sens la panique monter.

— Assieds-toi. S’il te plaît, assieds-toi.

Il me regarde enfin.

Pendant une demi-seconde, il est là.

Vraiment là.

Ses yeux accrochent les miens et, dans un effort qui semble lui demander tout ce qu’il lui reste, il murmure :

— C'est moi qui ai peur…

Sa main serre mon poignet.

Trop fort.

— Aide-m…

— Aide-m…

Il ne finit pas.

Son corps se raidit d’un seul coup.

Sa tête part légèrement en arrière. Ses dents se serrent. Ses yeux restent ouverts, mais ils ne regardent plus rien.

— Ne le tenez pas ! lance Oren en arrivant. Écartez- vous ! Protégez juste sa tête !

Je lâche son bras, ou plutôt mon corps le lâche pour moi.

NY tombe sur le côté. Je glisse ma main sous sa tête avant qu’elle ne heurte le sol, mais son poids m’entraîne avec lui.

Ses jambes se tendent.

Ses bras se contractent contre son torse.

Ce n’est pas comme dans les films.

Il ne bouge pas dans tous les sens.

Il est surtout dur.

Bloqué.

Prisonnier de son propre corps.

Puis les secousses arrivent.

Courtes.

Violentes.

Oren s’agenouille près de lui.

— On ne met rien dans sa bouche ! Personne ne le bloque !

Laissez-lui de l’espace !

Je recule à quatre pattes, incapable de me relever.

La crise dure peut-être dix secondes.

Ou une heure.

Je ne sais plus.

Puis NY se relâche brutalement.

Trop brutalement.

Son corps devient mou.

Oren se penche aussitôt sur lui.

— Tu m’entends ? Hé, reste avec nous.

Pas de réponse.

Sa poitrine bouge encore, mais mal. Par à-coups. Comme si son corps avait oublié comment respirer et essayait de copier un souvenir.

Un souffle sort de sa bouche.

Puis un autre.

Plus long.

Plus creux.

Oren approche son oreille, regarde son thorax, pose deux doigts contre son cou.

Son visage se ferme.

— Il ne respire pas normalement.

Il attend une seconde.

Il attend une seconde.

Deux.

Puis il dit, plus fort :

— Il est en arrêt. Quelqu’un avec moi, vite !

Hiva se place aussitôt près de lui.

Oren dégage le thorax de NY et commence les compressions.

Ses mains descendent.

Remontent.

Encore.

Encore.

Hiva attend ses consignes, les yeux fixés sur lui. Quand Oren lui ordonne d’insuffler, il s’exécute sans discuter.

Le temps se déforme.

Oren masse.

Hiva insuffle.

J'arrive même à ressentir une pointe de jalousie quand sa bouche touche la sienne, vraiment pas le bon moment- là pourtant.

NY ne revient pas.

Au fond de moi, la vérité se dessine, mais je ne veux pas y croire.

Il ne peut pas mourir là.

Pas maintenant.

Pas après m’avoir souri.

Pas après m’avoir demandé de l’aider.

Je regarde son visage, sa casquette tombée à côté de lui, ses lèvres trop pâles.

Je pense à une chose idiote.

Absurde.

Inutile.

Je ne connaissais même pas son prénom il y a cinq minutes. Son vrai prénom. Pas NY. Pas mon surnom débile.

Son prénom à lui. Comme si son prénom était la dernière chose encore accrochée à lui.

Et maintenant, je ne veux pas qu’il parte avec.

La phrase sort de ma bouche sans que je la contrôle.

— Mais tu ne peux pas partir maintenant. On vient à peine de se rencontrer. Je ne connais même pas ton prénom.

Un silence envahit la scène quand un son le brise.

— Adam.

Je me retourne.

Enquêteur mystère.

Celui à la voix de grotte.

Son visage n’a plus rien d’énigmatique maintenant. Il est Son visage n’a plus rien d’énigmatique maintenant. Il est juste pâle. Dévasté.

— Il s’appelle Adam.

Oren continue encore.

Ses bras tremblent.

Hiva souffle quand il le lui demande.

Personne ne parle.

Même Taran ferme sa gueule.

Puis les gestes d’Oren ralentissent.

Il garde ses mains posées sur le thorax d’Adam, comme s’il pouvait encore retenir quelque chose à l’intérieur.

— Oren ? demande Gatoum.

Oren ne répond pas tout de suite.

Il ferme les yeux une seconde.

Quand il les rouvre, sa voix n’a plus rien de solide.

— Il est mort.

Le mot tombe au milieu de nous.

Simple.

Immonde.

— NON ! Je lâcherai pas comme ça. S'écria Hiva. Pas encore..

Elle prend la place d'Oren et continue de masser et Oren prend sa place aux insufflations.

— Allez !! Tu vas revenir le jeune.

Elle masse, encore et encore, les minutes s'égrènent.

Elle ne lâche pas, le temps semble s'arrêter.

Au bout d'un moment Oren vient lui prendre les mains..

C'est fini.. Il est mort. Arrête de nous infliger ça.

— NOOOONNN, elle lui frappe le torse à coups de poing marteau.. Tu vas revenir..

Elle s'écroule sur lui en sanglot.

— Pas encore.. Pas encore.. Gémit-elle dans ses bras.

Lucas s’assoit et prend la tête d'Hiva entre ses mains.

— Chhhuuuuutttttt, ça va aller, dit-il avec une voix douce et réconfortante.

Oren se prend la tête entre les mains

— Ce n’est pas le moment de faiblir, intervient Taran.

Lève-toi et va t’assurer qu’on soit tous en état, doc.

— Je ne suis pas docteur, dit Oren. J’étais ambulancier avant.

— Te voilà monté en grade, dit Azuk. Félicitations. Tu es en concurrence avec la beauté aux cheveux bouclés, par contre.

— Un bien piètre docteur. Je n’ai pas su le sauver.

— Tu as su agir, et cela vaut de l’or, crois-moi, dit Gaan avec conviction.

— Tu feras mieux la prochaine fois, ajoute Azuk. Et puis,

— Tu feras mieux la prochaine fois, ajoute Azuk. Et puis, parfois, il n’y a rien à faire. C’est comme ça. Mais Taran a raison. Ne reste pas prostré dans ton émotion. Agis.

Le collègue d’Adam, qui somnolait dans le lac quelques minutes plus tôt, reste trempé jusqu’aux cuisses, incapable d’avancer vers le corps.

— Il vient de me sauver il y a cinq minutes, ajoute-t-il. Ce n’est pas possible. Pas lui.

Je me sens abasourdi par ce moment, je pense que je rêve encore et que je vais pas tarder à me réveiller, comment cela pourrait être la réalité ?

J'observe tout le monde et c'est comme si j'étais absente de mon propre corps.

On ne peut pas mourir comme ça, d'un coup.

L’image de Nilo me revient en tête immédiatement.

Si Adam est mort, elle aussi peut mourir.

— Nilo ? Quelqu’un a vu ma sœur ?

La mort d’Adam semble avoir rameuté tout le monde, mais je ne vois toujours pas de petite tête blonde se profiler.

Enquêteur mystère baisse les yeux, comme s’il n’osait plus me regarder.

— Il y a un endroit que je n’ai pas cherché, il me semble.

Mon cœur palpite à nouveau.

— Lequel ?

Il tourne la tête vers le car.

Pas exactement vers le car.

Vers le sentier.

Vers l’endroit où les arbres se referment.

— Je n’ai pas regardé là-dedans.

Le car.

Ma serviette.

Nilo.

Tout revient en même temps, trop vite, trop fort.

— Il nous faut y aller tous avant la deuxième Impulsion, sinon on va tous y passer, insiste Gatoum.

L’effet de cette menace, juste après la mort d’Adam, fait l’effet d’une bombe.

Cette fois, personne n’attend plus vraiment les consignes.

Le groupe se disloque d’un coup.

Ceux qui peuvent marcher partent vers le sentier. Ceux qui ne peuvent pas s’accrochent aux autres. Les voix se qui ne peuvent pas s’accrochent aux autres. Les voix se croisent, se heurtent, appellent des prénoms, réclament des sacs, ordonnent de ne pas courir.

Moi, je ne vois que le chemin.

Je pars vers le car.

Je dépasse Visage anguleux et l'enfant qui avancent lentement, toujours une main sur le thorax, mais debout.

Wen monte le sentier avec sa grand-mère. Oren les surveille du coin de l’œil tout en essayant d’organiser les autres.

Je passe près d’une femme qui cherche sa chaussure dans l’herbe.

Je contourne un sac renversé.

Je manque de glisser sur une racine.

Le sentier remonte en pente légère entre les arbres.

L’air semble encore plus épais sous les branches, comme s’il restait coincé là.

Derrière moi, les voix du lac s’éloignent.

Devant, entre deux troncs, j’aperçois enfin une tache blanche et grise.

Le car.

Mon cœur tape plus fort.

Je ne marche plus vraiment.

Je cours presque.

Une jeune femme trébuche et se retourne le pied en hurlant.

Je chasse ma petite voix qui voulais se réveiller.

Pas le temps-là..

Des passagers montent déjà à l’avant.

Je les dépasse sans les regarder.

Moi, je ne vois que notre rangée.

J’arrive à nos places.

Un vide qui me prend aux tripes est devant moi. Celui qui nous assaille quand toutes nos options sont écoulées et qu’on doit se résoudre à l’impossible.

Mon pied bute alors sur un objet dur et mou à la fois.

Bleu.

Coincé sous le siège de devant.

Roulé en boule.

Ma serviette.

Celle que Nilo était censée me prendre.

Au sol.

Mes doigts tremblent tellement que je n’arrive pas à l’attraper.

Je tire dessus et je sens une résistance.

Elle est retenue par quelque chose.

Elle est retenue par quelque chose.

Ou quelqu’un.

Je tire un peu plus fort. Je n’ose pas y aller franchement.

Et là, je la vois.

Une main.

Petite.

Frêle.

Je me prends d’un espoir soudain. C’est sûr que c’est sa main.

— Nilo… c’est bien toi ?

Pas de réponse.

Je décide de faire le tour du siège et d’aller voir.

Et là, mon cœur cesse de battre l’espace d’un instant.

Mon visage se crispe.

Je ne veux pas voir ce que je suis en train de voir.

Non.

Pas elle..